15 septembre 2026
Comment se soigner en Russie quand on est français ?

En Russie, l'urgence vitale est gratuite pour tout le monde, y compris pour un touriste sans le moindre papier. Tout le reste dépend d'une seule chose : le bout de papier que vous avez, ou que vous n'avez pas.
C'est la question qui revient le plus souvent après celle du budget : « et si je tombe malade là-bas, il se passe quoi ? » La réponse tient en trois systèmes qui coexistent — l'urgence, l'assurance publique, l'assurance privée — et personne ne vous expliquera lequel est le vôtre tant que vous n'aurez pas demandé.
Une précision avant de commencer : tous les équivalents en euros sont donnés au cours officiel de la Banque centrale de Russie du 29 août 2026, soit 99,68 roubles pour un euro. Le montant en roubles est le seul qui compte vraiment ; l'euro ne sert qu'à vous donner l'échelle.
1. L'urgence est gratuite, pour tout le monde, sans exception
C'est le point que personne ne croit avant de le vérifier. La loi fédérale n° 323-ФЗ sur les fondements de la protection de la santé impose que l'aide médicale en forme d'urgence soit donnée gratuitement à tout étranger, quel que soit son statut sur le territoire : maladie aiguë soudaine, accident, blessure, empoisonnement, aggravation d'une maladie chronique menaçant la vie. Sans assurance, sans visa valide, sans rien.
Deux numéros à retenir, et à mettre dans votre téléphone aujourd'hui :
- 103 — les secours médicaux (скорая помощь), directement.
- 112 — le numéro unique d'urgence, qui répond aussi depuis un téléphone sans carte SIM.
Ce qui est gratuit s'arrête là où l'urgence s'arrête : une fois stabilisé, la suite du traitement redevient payante si vous n'êtes couvert par rien. C'est exactement la frontière que les gens découvrent au mauvais moment.
2. Le polis ОМС : l'assurance publique, et qui y a droit
L'assurance maladie obligatoire (обязательное медицинское страхование, ОМС) est le système public russe. Elle ouvre la médecine de ville et l'hôpital public sans payer à l'acte.
Y ont droit, entre autres :
- les étrangers titulaires d'un titre de séjour permanent (вид на жительство, ВНЖ) ;
- les titulaires d'un permis de séjour temporaire (разрешение на временное проживание, РВП) ;
- les personnes ayant le statut de réfugié ;
- les travailleurs ressortissants de l'Union économique eurasiatique (ЕАЭС).
N'y ont pas droit : le touriste, l'étudiant en visa court, le visiteur — et, c'est le point qui surprend le plus, le travailleur étranger sous patente tant qu'il n'a pas de ВНЖ ou de РВП. Pour eux, c'est le chapitre suivant.
Depuis 2026, le polis existe en format numérique : un code-barres personnel qu'on garde dans son téléphone ou dans son espace Госуслуги. Plus de carton vert à perdre.
3. Comment on obtient son polis, concrètement
La démarche se fait auprès d'une compagnie d'assurance agréée, ou directement au guichet (регистратура) de la polyclinique que vous choisissez. On vous demandera votre passeport avec sa traduction certifiée, et vos documents migratoires portant la mention d'enregistrement à l'adresse (регистрация).
Ensuite vient l'étape que les Français oublient systématiquement : le rattachement (прикрепление) à une polyclinique. Tant que vous n'êtes rattaché nulle part, vous avez une assurance mais pas de médecin. Le rattachement se fait sur votre adresse d'enregistrement, il se change une fois par an, et il décide de tout : c'est là que vous verrez le généraliste (терапевт), c'est de là que partent les orientations vers les spécialistes.
Rien de tout cela ne se fait en anglais. C'est l'un des rares endroits où ne pas avoir de russe coûte vraiment cher — j'en parle en détail dans mon article sur faut-il parler russe pour s'installer en Russie.
4. Le polis ДМС : l'assurance volontaire, obligatoire en pratique
L'assurance médicale volontaire (добровольное медицинское страхование, ДМС) porte très mal son nom : pour un travailleur étranger, elle est obligatoire. Sans elle, pas de patente (патент) ni d'autorisation de travail, et travailler sans polis est une infraction.
Ce qu'il faut savoir :
- La couverture minimale imposée par la loi est de 100 000 roubles (environ 1 000 €).
- Le polis doit être valable sur tout le territoire de la Fédération depuis le 1er avril 2021 — un polis régional ne suffit plus.
- L'absence de polis expose à une amende administrative de 2 000 à 7 000 roubles (20 à 70 €).
- La durée standard est de 12 mois, avec des variantes de 3, 6 ou 9 mois.
Côté prix, les tarifs affichés par les courtiers spécialisés tournent autour de 900 roubles pour trois mois, 1 100 pour six mois et 1 700 roubles pour un an — moins de 20 € l'année. C'est un polis d'admissibilité administrative, pas une vraie couverture santé : il paie l'urgence et le strict nécessaire, rien de plus. Ne le confondez pas avec l'assurance-voyage que votre banque française vous vend, et pensez à vérifier ce que votre visa exige de son côté — les démarches d'entrée en Russie ont leurs propres règles.
5. Les cliniques privées : les vrais prix d'une consultation
C'est la voie que prennent la plupart des expatriés installés, et souvent une partie des Russes eux-mêmes : on paie, on est reçu vite, parfois le jour même, dans des locaux neufs.
Prix affichés à Moscou pour une première consultation de généraliste en clinique privée :
| Réseau | Prix affiché | Équivalent |
|---|---|---|
| Семейная | à partir de 1 750 ₽ | ≈ 18 € |
| MEDSI | à partir de 2 700 ₽ | ≈ 27 € |
| К медицина | à partir de 3 690 ₽ | ≈ 37 € |
Une consultation de spécialiste coûte plus cher, et une consultation avec un médecin titulaire d'un grade universitaire encore davantage. Mais l'ordre de grandeur est celui-là : entre 18 et 40 € pour voir un médecin le jour même, sans assurance, sans dossier, sans rendez-vous pris trois semaines à l'avance. Rapporté au salaire moyen en Russie en 2026, c'est une dépense sérieuse pour un Russe ; rapporté à un revenu français, c'est le prix d'un repas.
Prévoyez un moyen de paiement qui fonctionne : les cartes occidentales ne passent pas, et c'est la première chose à régler en arrivant — voir ouvrir un compte et payer en Russie.
6. Prendre rendez-vous : ЕМИАС, le 122, et le guichet
À Moscou, tout passe par ЕМИАС (emias.info) : l'application ou le site, le rendez-vous en quelques minutes, l'annulation aussi. On y accède aussi par mos.ru et par l'application Госуслуги Москвы.
Ailleurs qu'à Moscou, le réflexe est le 122, numéro unique du service national de renseignement médical : prise de rendez-vous, annulation, report, analyses. Une ligne dédiée existe aussi à Moscou au +7 495 539-30-00, ouverte 24 h/24.
Et il reste toujours le guichet de la polyclinique, en personne, avec le polis. C'est plus lent, mais ça marche quand l'application refuse votre statut d'étranger — ce qui arrive.
7. Le dentiste : ce qui est gratuit, ce qui ne l'est pas
Point mal connu : la dentisterie de base est couverte par l'ОМС pour les adultes. Sont inclus l'examen et la consultation, la radiographie, le traitement des caries, de la pulpite et de la parodontite, le traitement des gencives, les extractions simples et complexes. En cas de douleur aiguë, l'établissement est tenu de vous prendre en charge dans les deux heures suivant votre arrivée.
Ne sont pas couverts : les implants, les prothèses, l'orthodontie et tout ce qui relève de l'esthétique. C'est là que les tarifs privés reprennent la main, et c'est pour ça que la plupart des expatriés finissent chez un dentiste privé — pas par mépris du public, mais parce que ce qu'ils viennent faire n'est jamais dans la liste.
8. La pharmacie : ce qu'on trouve, et avec quelle ordonnance
Les pharmacies (аптеки) sont partout, souvent ouvertes tard, parfois 24 h/24 dans les grandes villes. Beaucoup de médicaments courants s'achètent au comptoir sans passer par un médecin.
Mais les antibiotiques sont classés médicaments sur ordonnance par l'arrêté du ministère de la Santé n° 1093н : ils ne doivent être délivrés que sur рецепт, papier ou électronique, et la vente sans ordonnance d'un produit de cette liste est une infraction pour la pharmacie. En pratique, la règle est diversement appliquée selon les officines — ne comptez pas dessus pour organiser votre traitement.
Un conseil qui vaut pour tous : les noms de molécules ne se ressemblent pas d'un pays à l'autre. Photographiez la notice de vos traitements habituels avant de partir, avec le nom de la substance active — c'est ce mot-là que le pharmacien comprendra, pas la marque française.
Ce que ça coûte, au total, sur une année ordinaire
Pour un Français installé, avec un ВНЖ et un polis ОМС, le budget santé annuel réel se résume souvent à quelques consultations privées prises par confort et à la pharmacie courante. Loin des sommes qu'on imagine avant de partir, et cohérent avec ce que je détaille dans le budget d'un mois en Russie.
Pour un travailleur sous patente, ajoutez le polis ДМС annuel — moins de 20 € — et gardez en tête qu'il ne couvre presque rien : c'est un document administratif avant d'être une assurance.
Pour un visiteur de passage, la seule vraie protection reste une assurance-voyage prise en France, plus les urgences gratuites en cas de coup dur. Le reste du quotidien ici se gère sans y penser.
Questions fréquentes
Un touriste français peut-il être soigné gratuitement en Russie ?
Oui, mais uniquement en urgence vitale : la loi 323-ФЗ garantit l'aide en forme d'urgence à tout étranger, quel que soit son statut. Les soins programmés, eux, sont payants.
Faut-il une assurance santé pour obtenir un visa russe ?
Les exigences dépendent du type de visa et de la représentation consulaire. Vérifiez-les au moment du dépôt du dossier, avec les autres pièces demandées.
Un étranger peut-il obtenir le polis ОМС ?
Oui s'il détient un ВНЖ, un РВП, le statut de réfugié, ou s'il travaille en tant que ressortissant d'un pays de l'ЕАЭС. Pas avec un simple visa touristique.
Combien coûte une consultation en clinique privée à Moscou ?
Les tarifs affichés démarrent autour de 1 750 ₽ (≈ 18 €) et montent à 3 690 ₽ (≈ 37 €) selon le réseau pour une première consultation de généraliste.
Le polis ДМС remplace-t-il l'ОМС ?
Non. Le ДМС est exigé pour la patente et l'autorisation de travail, avec une couverture minimale de 100 000 ₽. Il ne donne pas les droits de l'assurance publique.
Peut-on se faire soigner les dents gratuitement ?
Avec un polis ОМС, oui, pour l'examen, la radio, les caries, la pulpite, les gencives et les extractions. Les implants, les prothèses et l'orthodontie restent à votre charge.
Comment prendre rendez-vous chez le médecin ?
À Moscou, par ЕМИАС (emias.info), mos.ru ou l'application Госуслуги Москвы. Ailleurs, par le 122, numéro unique du service de renseignement médical, ou au guichet de la polyclinique.
Peut-on acheter des antibiotiques sans ordonnance ?
Non : ils figurent sur la liste des médicaments sur ordonnance de l'arrêté n° 1093н, et la délivrance sans рецепт est une infraction pour la pharmacie.
Здоровье не купишь. (La santé, ça ne s'achète pas.) Ce qui s'achète, en Russie, c'est le raccourci — et il est nettement moins cher qu'en France.
